Le regret d'être mère, le grand tabou

Mis à jour le par Camille Lenglet

Je ne suis pas mère, mais l’une des choses qui m’empêchent de franchir le cap de la maternité, c’est la peur de regretter. En effet, certaines femmes vivent dans le regret d’avoir eu des enfants et elles en souffrent énormément. Notamment à cause du poids de la culpabilité d’éprouver cela… En même temps, comment faire pour ne pas être en souffrance dans cette société qui a fait de ce sujet, un grand tabou ? Certaines femmes ont commencé à libérer la parole et il est primordial de continuer à le faire, pour ne plus taire quelque chose qui peut toutes nous concerner un jour ou l’autre.

Le regret d'être mère, le grand tabou
Sommaire : 

Le regret maternel, un tabou bien ancré dans notre société

Il y a des femmes qui, si elles pouvaient revenir en arrière, ne feraient pas le choix d’avoir un enfant. Pour elles, la maternité n’a rien d’épanouissant et leur souffrance est bien souvent étouffée, tant notre société ne supporte pas d’entendre cette parole. En effet, c’est ce qu’explique la psychologue et psychanalyste, Fabienne Sarda et autrice de Maman blues : du bonheur et de la difficulté d’être mère.

👉 Nous vivons dans une société patriarcale et nataliste, qui nous fait comprendre que l’on doit être heureuse en étant mère. C’est à tel point ancré, qu’il est encore difficile pour une femme de se faire ligaturer les trompes à l’heure actuelle 😥. La société nous dit que le rôle de mère est dans notre nature, alors, il est évidemment impossible que l’on regrette d’avoir eu un enfant (ou plusieurs). Toutefois, ce n’est pas parce qu’on a un utérus, que l’on a plus de prédispositions à la parentalité ❌. Les injonctions persistent et sont extrêmement fortes sur les femmes, le cliché de la “mère parfaite et aimante, toujours là pour ses enfants” est le plus coriace..

L’actrice Anémone, une des premières à avoir libéré la parole

L’actrice Anémone a été une des premières femmes à prendre la parole sur le sujet. En 2011, elle avait choqué l’opinion publique, parce qu’elle avait dit n’avoir jamais désiré faire des enfants et même qu’elle regrettait d’avoir été mère 🗣️ : “je n’aurais pas eu d’enfants, j’aurais été beaucoup plus heureuse”.

La société patriarcale nous met en tête qu’avoir des enfants est un moyen d’accéder au bonheur. D’ailleurs, Anémone a longtemps expliqué que c’était la société qui lui avait fait des enfants. Pendant sa jeunesse, elle pensait que pour être une femme épanouie, il fallait qu’elle soit mère, comme elle l’explique dans cette interview (autour de 5”43) :

"Être mère a ruiné mon existence."

La naissance du regret

Anémone est l’une des femmes à avoir ouvert la brèche, mais grâce à des mouvements féministes qui sont apparus ces dernières années comme #MeToo, d’autres ont décidé de livrer leurs témoignages. Comme Ambre, qui est passée au micro du plus gros podcast sur la maternité, Bliss Stories 👇:

Entendre des témoignages comme celui d’Ambre est essentiel, car cela permet de comprendre la naissance de ce sentiment de regret. Il y a, en effet, des points communs que l’on peut retrouver à travers les différents vécus de ces femmes.

Une nostalgie et une culpabilité qui rongent

L’un des poids les plus importants à porter dans le regret, c’est le sentiment de nostalgie. Le regret maternel relève d’une perte de quelque chose qui ne sera plus jamais atteignable. Cela correspond souvent à la vie d’avant, de la femme qu’elles étaient, de la relation de couple, des amitiés non rompues à cause de la naissance, des loisirs ou d’un travail où ces femmes étaient plus investies…

Toutefois, même si la nostalgie les étreint, le sentiment de culpabilité les ronge encore plus 💔. Il est impensable, aux yeux de la société, qu’une femme qui est mère ne puisse pas apprécier ce rôle, peu importe si c’est un choix voulu ou non. Impossible donc de ne pas ressentir de la honte face à une maternité rejetée. Beaucoup d’entre elles ont aussi besoin d’affirmer que regret ne signifie pas désamour, elles le disent, elles aiment leurs enfants. Il ne s’agit pas de rejeter l’enfant, mais le rôle de mère, qui pèse bien trop lourd…

Un poids lourd à porter

La deuxième chose qui revient le plus souvent dans tous les témoignages, c’est la charge mentale du rôle de mère. Certaines femmes décrivent la maternité comme un “triple poids” ⚠️ : le corps est le premier à souffrir d’une charge avec la grossesse, allant même jusqu’à un accouchement traumatisant. Vient ensuite le poids organisationnel, il faut constamment anticiper et prévoir la vie de l’enfant. La rentrée est à peine terminée, qu’il faut prévoir les vacances de la Toussaint. Chaque jour, chaque instant, il faut penser à l’enfant. Cela les plonge dans un monde où devoir et responsabilités prennent toute la place, au point de s’oublier.

Et pour finir, il y a le poids émotionnel où les mères doivent mettre de côté leurs émotions et qui elles sont véritablement. La priorité est à l’enfant et plus à elle, ce qui est parfois très compliqué à vivre. Quand on devient mère, on est plus qu’identifié par ce rôle, l’identité de femme disparaît.

Au-delà de la charge mentale et du regret, on peut aussi s’interroger sur l’avenir  >>> Est-ce que je veux vraiment un enfant dans ce monde ? #ecoanxiete

Des facteurs aggravants, mais pas de schémas

On pourrait penser que le regret d’être mère est donc commun à certaines personnes 🧐. L’autrice, Stéphanie Thomas, autrice du livre “Mal de mères”, a d’ailleurs souvent observé d’autres similitudes dans les témoignages. Certaines femmes ne sont pas informées des côtés négatifs de la maternité, comme Ambre le dit dans son témoignage. Il y a une désillusion totale suite à la naissance, ce qui les conduit à rejeter ce rôle et la charge mentale associée 🙅‍♀️. Certaines femmes ont, par ailleurs, des histoires familiales complexes avec un passé lourd et traumatique.

La maternité, une relation subjective

Néanmoins, il n’est pas possible d’anticiper ce regret et de retrouver des schémas similaires à chaque fois. Par exemple, prenons le désir de maternité, il peut complètement varier d’une femme à l’autre. Certaines femmes ont un fort désir de devenir mère et vont jusqu’à faire des FIV ou des PMA pour tomber enceintes. D’autres font des enfants par amour du conjoint ou tout simplement, par pression sociétale… 

👉 Ce qu’il faut comprendre, c’est que la maternité n'est pas un royaume sacré avec des schémas, mais une relation subjective basée sur le vécu d’une femme.

Un regret qui s’installe dans la durée

Le regret de la maternité s’inscrit sur la durée, contrairement au burn-out parental. Pour certaines femmes, il est immédiat, mais pour d’autres, cela peut s’installer au fur et à mesure du temps qui passe. Il est possible de soigner une dépression, mais se sortir du regret est encore plus difficile 😔. Dans les témoignages, certaines femmes expliquent qu’elles ont fait des dépressions post-partum et qu’elles ont pu se sortir de cet état dépressif. Cependant, le regret et la nostalgie demeurent et les accompagnent au quotidien.

Car même lorsque le poids de la charge mentale et les tâches parentales sont partagés, cela reste inégal. C’est un problème systémique lié à une éducation genrée. Même avec un homme déconstruit, le rôle de la mère pèsera toujours plus lourd, car les autres, l’entourage et la société de manière générale, nous feront comprendre que l’on doit prendre la plus grosse part du fardeau.

Gérer le sentiment de regret maternel

Ambre, à travers son témoignage chez Bliss Stories, donne ses conseils pour gérer le sentiment de regret maternel :

  • Ne pas avoir honte : “Ce qu’on ressent n’est pas un choix, c’est un sentiment très profond et difficile à accepter, car loin de ce qu’on s’imaginait sur la maternité”.
  • En parler : “Pour maintenir une santé mentale, c’est bien de ne rien garder pour soi. En parler à son.a conjoint.e ou à un.e proche de confiance. Bien préciser qu’on a besoin d’écoute et de soutien, et surtout pas du jugement.”
  • Verbaliser ses émotions (colère, tristesse, …) à son enfant : “Lui expliquer ce qui nous traverse et que ce n’est pas de sa faute. Et puis c’est une façon de montrer à nos enfants qu’on n’est pas parfaites, simplement humaines !”
  • Lâcher prise : “Pas facile, mais vital ! Cela peut prendre du temps, j’ai mis 3 ans à parvenir à lâcher prise sur mes idées autour de la maternité”.
  • Penser à soi : “On a autant le droit que notre conjoint.e (si on est en couple) de faire une pause dans la journée, de souffler, d’être dans notre bulle, de passer le relai”.
  • Lire et se renseigner un maximum : “Pour se déculpabiliser, avec les livres comme celui d’Orna Donath “Le regret d'être mère” et “Mal de mères” de Stéphanie Thomas”.
  • Déléguer : “La répartition des soins liés à l’enfant devrait être équitable. On le sait bien, s’occuper de ses enfants à temps plein est un travail aussi épuisant qu’un emploi salarié !”
  • Se questionner :  “Non, vous n’êtes pas une mauvaise mère, car le simple fait que vous y pensiez, le prouve ! Vous ne ressentiriez aucune culpabilité si c’était le cas !”
  • Consulter : “C’est important de pouvoir vider son sac et d’essayer de trouver des pistes et des solutions avec un.e thérapeute”.

Trouver un moyen de s’exprimer

Ces conseils, partagés par Ambre, sont indispensables. Si le regret n’est pas irréversible, la culpabilité et la nostalgie s’ancrent durablement. Fabienne Sarda explique qu’il est donc essentiel d’arriver à mettre les mots sur cette souffrance 💬. Il est important de trouver un espace thérapeutique sécurisant, que ce soit avec un.e psychologue ou dans un groupe de parole, afin de partager son témoignage avec d’autres femmes qui vivent la même chose.

Certaines prennent la décision d’en parler avec leurs conjoints pour trouver ensemble des solutions et mieux répartir la charge mentale. Néanmoins, tous les conjoints ne sont pas à l’écoute, il y en a qui restent fermés, indifférents à cette problématique qui les concernent pourtant, eux aussi 😒. Puis il y a tout simplement les mères célibataires, qui doivent gérer la charge mentale seule, quoiqu’il arrive…

Se reconnecter à soi

Une autre solution est de trouver un nouvel espace d’épanouissement. La psychologue explique que cela permet de retrouver un élan vital et de se détacher des émotions négatives provoquées par le regret. Il faut se retrouver soi, via une activité artistique, sportive ou même grâce à un travail stimulant et enrichissant.

Se concentrer sur soi et se libérer des injonctions est essentiel pour aller mieux. On sait que nos droits et notre condition reculent, il n’y a qu’à voir ce qu’il se passe en Iran ou aux États-Unis… Il est donc d’autant plus important de faire preuve d’empathie, d’ouverture d’esprit et de tolérance. Que ce soit envers les autres femmes ou nos propres sentiments. Pour aller de l’avant, il est essentiel d’accepter le regret afin de parvenir à se construire un rôle maternel qui nous convient.

L'avis de la rédaction : libérons la parole !

Chacune vit la maternité à sa façon en fonction de son ressenti, de son vécu et de bien d'autres choses encore. Chacune devrait se sentir libre d'exprimer ses regrets d'être devenu mère sans que cela soit culpabilisant, la parole doit se libérer. N'hésitez d'ailleurs pas à nous dire en commentaire ce que vous en pensez. Si vous vivez mal votre rôle de mère, qu'il est source de souffrance, n'hésitez pas à prendre rendez-vous avec un psychologue afin d'en parler. Tout ce qu'on ne dit pas s'ancre en nous...

🤗 Se comprendre, s'accepter, être heureuse... C'est ici et maintenant !
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Sources : Le Monde Podcast / lemonde.fr / lefigaro.fr / liberation.fr

Article proposé par Camille Lenglet

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