Inceste, comment se reconstruire ? Le silence qui tue

Mis à jour le par Lauriane Amorim

C'est un livre qui a tout déclenché. Sorti le 7 janvier 2021, "La Familia Grande" de Camille Kouchner a délié les langues sur un sujet tabou, trop longtemps gardé sous silence : l'inceste. On estime pourtant qu'un français sur 10 a été victime d'attouchements durant son enfance, et la loi du silence, souvent imposée à ces enfants, est un frein à leur reconstruction. L'inceste, il faut en parler pour se reconstruire.

Inceste, comment se reconstruire ? Le silence qui tue
Sommaire :

L'inceste : un tabou aux lourdes conséquences

C'est une violence sexuelle qui passe rarement la porte d'une maison, si ce n'est pour se retrouver dans les pages d'un roman ou sur grand écran, sans qu'on en saisisse vraiment l'impact. Et ce silence autour de l'inceste a un prix : des victimes soumises au silence, incapables de se reconstruire et navigant à vue entre craintes et culpabilité.

Qu'est-ce que l'inceste ?

L'inceste est une agression à caractère sexuel qui se produit au sein de la famille. Pour être plus précis, l'article 222-31-1 du Code Pénal désigne comme agresseur, toute personne ayant "autorité de droit ou de fait" sur la victime. Il peut donc s'agir d'un parent, d'un grand-parent, d'un frère, d'une sœur, mais aussi d'un tuteur légal ou d'un beau-parent. Dans la majeure partie des cas, l'agresseur est un homme et les violences sexuelles dans la fratrie ne sont pas rares. L'inceste peut alors prendre plusieurs formes :

  • attouchements avec ou sans pénétration avec un organe sexuel, un doigt ou un objet
  • exhibitions imposées
  • obligation de visionnage de films pornographiques
  • attitudes ou propos déplacés

Dans ces trois derniers cas, lorsqu'un membre de la famille viole l'intimité psychique d'un enfant, on parle alors d'inceste moral ou de climat incestueux.

Il faut absolument prendre conscience que l'inceste existe, en France, comme ailleurs et dans tous les milieux sociaux. Toutes les familles peuvent être concernées. C'est la raison pour laquelle il faut, par tous les moyens, protéger nos enfants et aborder le sujet avec eux, par le biais de livres par exemple, afin qu'ils aient conscience de la gravité des faits. Malheureusement, bien souvent, les victimes d'inceste ne perçoivent pas la gravité de ce qu'elles subissent. Elles sont en proie à un conflit de loyauté induit par l'ignorance ou le silence imposé par l'entourage.

⚠ >>> À lire absolument : 6 livres pour parler d'inceste et de violence sexuelle à ses enfants

Les conséquences dévastatrices de l'inceste

Plus la victime est jeune, plus les abus sont répétés et plus les conséquences seront destructrices, mais quel que soit l'âge ou la durée des abus, les conséquences physiques ou psychologiques seront tout de même dévastatrices.

Un anéantissement

Anéanties. C'est ainsi que les victimes se sentent, mais ce n'est pas tout : elles ont honte, elles se sentent trahies, salies, coupables de ne rien avoir dit, de ne pas s'être opposées, elles ont envie de disparaître

Une perte de repères

L'inceste casse le cadre et tous les repères qui vont avec. L'agresseur fait croire à l'enfant que c'est normal, il l'enferme dans le secret, il le brouille et se place comme détenteur du pouvoir. Les victimes ne comprennent donc pas toujours ce qu'elles subissent et si elles le comprennent elles ont bien souvent du mal à en parler. Pour continuer à avancer dans la vie, elles refoulent ces événements, ce qui peut conduire à des troubles psychiques (troubles du sommeil, anxiété, addictions), des symptômes de dépressions, des attitudes autodestructrices, etc.

Des conséquences psychosomatiques

Les conséquences psychiques d'une agression incestueuse peuvent aussi occasionner des troubles physiques. L'inceste a des répercussions somatiques qui peuvent altérer la santé physique : troubles gastro-intestinaux, douleurs musculaires, articulaires, troubles neurologiques, gynécologiques, nutritionnels, etc.

Comment se reconstruire après un abus ?

Pour se reconstruire, prendre la parole, oser parler, c'est capital, mais ce n'est pas si simple. De nombreuses victimes ont déjà parlé durant leur enfance ou leur adolescence et n'ont pas été entendues, ou pires encore, pas crues. Certaines ont vécu une amnésie traumatique : le cerveau a choisi d'oublier ce traumatisme. Le souvenir des agressions pourra alors resurgir des années plus tard, à l'occasion de la naissance d'un enfant ou de la mort de l'agresseur, par exemple. Alors comment se reconstruire ?

Se reconnaître en tant que victime

Les victimes d'inceste se sentent très souvent coupables et la peur de faire voler leur famille en éclat est très forte. C'est la raison pour laquelle elles hésitent longuement à dénoncer leur agresseur. Parler et dénoncer sont pourtant les seuls moyens de se reconstruire, de stopper des attitudes autodestructrices ou, pire encore, d'empêcher la reproduction des agressions.

Pour favoriser cette prise de parole, l'appui des proches, de l'entourage, du couple est essentiel, mais il n'est malheureusement pas toujours évident. Pour se reconstruire, il est aussi primordial, voire indispensable de partager son expérience au sein d'un groupe de soutien et/ou avec un professionnel formé au psycho/traumatique. La sophrologie, les cours de self-défense, l'art-thérapie ou encore l'equicoaching peuvent aussi permettre aux victimes de reprendre possession de leur corps et de l'apaiser après le traumatisme qu'il a subi.

Nous avons toutes un rôle à jouer, comment aider un proche ?

Si un proche vous confie avoir subi ou subir un inceste ne le jugez pas et accueillez sa parole, c'est déjà énorme. Écoutez-le patiemment, faites preuve d'empathie et ne cherchez pas à mener l'enquête, ne posez pas de questions. De même, ne minimisez pas les agressions et ne le culpabilisez pas en lui demandant pourquoi il n'en a pas parlé ou porté plainte plus tôt.

Concernant un enfant, le signalement est indispensable. On minimise souvent la parole de l'enfant, cependant, il ne faut pas tarder à contacter les autorités. N'étant souvent pas expertes, nous ne pouvons pas nous baser uniquement sur notre jugement pour valider ou non la parole d'un enfant qui dit avoir été victime d'attouchements sexuels. En cas de doute, contactez le 119 (Enfance en danger)

Quels sont les signes qui doivent alerter ?

Chez l'enfant :

  • surinvestissement ou échec scolaire
  • trouble du sommeil
  • énurésie (pipi au lit)
  • encoprésie (sorte d'incontinence fécale)
  • anxiété
  • agressivité
  • auto-dévalorisation
  • sexualisation en décalage avec l'âge
  • arrêt de la parole
  • crainte des adultes
  • développement d'une phobie (notamment phobie scolaire)

Chez l'adolescent :

  • troubles alimentaires (anorexie ou boulimie)
  • automutilations
  • tendances ou pensées suicidaires
  • conduites à risque (hypersexualisation, délinquance, consommation excessive d'alcool ou de drogues)

Chez l'adulte :

  • persistance ou aggravation de troubles alimentaires
  • tendance dépressive
  • pensées suicidaires
  • conduites à risques (prostitution, délinquance, consommation excessive d'alcool ou de drogues)
  • troubles relationnels et sexuels
  • difficultés à être touché ou/et à avoir des relations intimes
  • isolement
  • trouble de la concentration

Parce que tout le monde peut agir :

En cas de doutes ou de symptômes inquiétants, n'hésitez pas à demander conseil à un médecin, un psychologue, un psychiatre ou à une association :

Contacter un thérapeute

Source : Inceste : comment sortir du silence et se reconstruire ? - Santé Magazine

Pour aider votre cerveau à traiter les traumatismes vous pouvez vous tourner vers l'EMDR, la méthode choc pour traiter le stress post-traumatique.

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Article proposé par Lauriane Amorim

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