Parentification de l’enfant, attention danger !

Mis à jour le par Lauriane Amorim

Je me revois, mi-adolescente mi-jeune femme à écouter les histoires intimes de ma mère. "C'est toi en fait ma meilleure amie", me lançait-elle comme un compliment. Une relation parent-enfant fusionnelle ? Peut-être, mais je me suis surtout faite parentifiée.

Parentification de l’enfant, attention danger !
Sommaire : 

Parentification de l'enfant : quand l'enfant devient parent

La vie est faite de mille et un imprévus qui s'accompagnent parfois de quelques malheurs. Des divorces, des décès, des maladies et autant de raisons d'altérer la relation parent-enfant en donnant bien trop de responsabilités à ce dernier.

📖 Une définition de la parentification ou parentalisation

En France, c'est le psychiatre Jean-François Goff qui étudie depuis 20 ans la parentification ou parentalisation. Il en donne une définition claire dans son ouvrage L'enfant, parent de ses parents : "La parentification de l’enfant est un processus interne à la vie familiale qui amène un enfant ou un adolescent à prendre des responsabilités plus importantes que ne le voudraient son âge et sa maturation et qui le conduisent à devenir un parent pour ses parents."

Face à la défaillance (maladie, addiction, etc.) ou la démission (absence, abandon, inceste, etc.) parentale l'enfant perd son insouciance et n'a pas d'autre choix que de s'effondrer, fuir et culpabiliser ou jouer le rôle de l'adulte pour éviter d'être abandonné et/ou ignoré.

Tu seras ma béquille

Finalement, tout est induit dans le terme : parentification de l'enfant = inversion des rôles, l'enfant devient le parent du parent et ce, de façon presque naturelle, en douceur et surtout sans mauvaise intention.

J'étais à peine âgée de 18 ans quand mes parents ont traversé une crise de couple. Ni vraiment toujours ensemble, ni vraiment tout à fait séparés, ils faisaient une sorte de break et je me souviens de ma mère qui souffrait. Elle n'a pas cherché de l'aide à l'extérieur auprès d'un thérapeute, c'est mon soutien qu'elle est venue chercher. Je suis devenue sa béquille, sa confidente, celle qui devait consoler ses peines de cœur, l'aider à prendre du recul, la faire rire et taire le conflit de loyauté qui naissait en moi. Après des années de "fais tes devoirs !", "range ta chambre !" et de "viens dîner." j'avais l'impression que j'avais pris du galon, qu'elle me considérait enfin comme une adulte. Nous étions plus proches que jamais, fusionnelle même, c'était ma maman-copine et je lui étais utile. Ce que je ne pouvais pas comprendre à l'époque, c'est que ma mère manquait sûrement de maturité émotionnelle. Chaque fois que j'avais une sortie de prévue, je culpabilisais de la laisser seule. J'avais sans cesse l'impression qu'il fallait que je sois là pour elle, pour l'aider et la prendre dans mes bras si besoin. Bref, une maman-copine, c'est avant tout un exemple de parentification.

👉 Voilà un article qui pourrait vous aider : Mère envahissante : comment rééquilibrer la relation avec elle ?

La parentification et ses conséquences sur la vie d'adulte

Chez l'enfant ou l'adolescent, la parentification place ce dernier dans une position paradoxale : une facette de lui est niée pour répondre aux attentes du parent et d'un autre côté on lui donne une place majeure puisqu'il doit prendre en charge le parent fragile. On existe, mais sans être, puisqu'on devient responsable du bien-être de quelqu'un sans se donner le droit d'évoquer son propre bien-être.

parentalisation mère fille

Combien de fois ai-je dit, "tu veux un câlin ?" alors que je pensais "j'ai besoin d'un câlin" ?

À l'âge adulte, les conséquences et syndromes de la parentification peuvent être nombreux :

  • mauvaise estime de soi
  • dépendance affective
  • entretien de relations toxiques
  • anxiété
  • incapacité à exprimer ses besoins
  • troubles dépressifs
  • troubles alimentaires
  • tendance à l'addiction
  • mauvaise connaissance de soi
  • agressivité
  • tendance suicidaire

Les effets de la parentification dans le couple

C'est presque sans surprise que l'on constate que les ex enfants parentalisés, devenus adultes souffrent bien souvent du syndrome du sauveur. Je ris presque en constatant à quel point j'ai été séduite par mon conjoint, notamment quand il m'a annoncé qu'il venait de se faire larguer après 8 ans de relation, qu'à 30 ans il était retourné vivre chez ses parents parce qu'il avait aussi perdu son job et qu'il souffrait d'une maladie chronique. Visiblement, c'était le portrait idéal pour moi. Chouette encore quelqu'un à aider 🙄 !

Blague à part, les adultes ayant été parentifiés enfant ont souvent tendance à aller vers des conjoints fragiles pour retrouver la place qu'ils ont connue, dans laquelle ils se sentaient exister et qui les met en confiance.

➡️ Par exemple, un aîné à qui on a demandé de s'occuper et de prendre soin de la fratrie comme un parent, aura tendance à rechercher des partenaires qui ont besoin d'aide. Un partenaire pour lequel il peut à nouveau jouer le rôle de parent. Résultat : il a besoin de se sentir indispensable et peut souffrir d'une intense peur de l'abandon.

➡️ On peut aussi penser à un enfant qui aurait eu à supporter la peine et le désespoir d'un parent devenu parent célibataire (à la suite d'une rupture ou d'un décès), pourrait avoir du mal à devenir parent lui-même ou à disparaître avant la naissance d'un enfant à venir.

Guérir grâce à la psychothérapie

Une personne adulte qui a subi de la parentification aura toujours tendance à se sacrifier pour les autres quitte à ce que cela nuise à son équilibre, à sa vie personnelle ou professionnelle. L'incapacité à aider tout le monde, plonge souvent ces personnes dans une profonde culpabilité et un sentiment d'inutilité. La psychothérapie peut permettre de modifier le fonctionnement psychologique, émotionnel et relationnel d'une personne ou même d'une famille, dans le cadre d'une thérapie familiale. Le thérapeute analyse les dysfonctionnements et aide à les remplacer. On peut ainsi apprendre à se libérer de l'image que les autres ont de nous, à décevoir ses parents, à se connaître et à trouver sa place dans le monde et à établir des relations plus équilibrées pour aussi et surtout éviter de répéter les erreurs de nos parents sur nos enfants.

L'avis de la rédaction : la nécessité d'en parler

Quand on a été forcé d'endosser le rôle d'adulte responsable quand on était enfant, cela laisse des traces et il est important d'en prendre conscience, de l'accepter et d'aller voir un psychologue afin d'en parler et de pouvoir avancer plus librement. C'est un schéma inconscient qui est ancré en nous et qui peut occasionner de grandes souffrances, il est important de s'en libérer.

🤗 Se comprendre, s'accepter, être heureuse... C'est ici et maintenant !
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