La “Pick me girl” : pourquoi est-elle si problématique ?

Mis à jour le par Camille Lenglet

Ado, il m’est arrivé de dire des phrases comme “je ne suis pas comme les autres filles” ou “j’aime bien traîner avec les garçons, ils sont moins hypocrites”. Ce genre de phrases, ce sont celles qu’une “pick me girl” prononce typiquement. Je dois avouer que c’était un peu ce que j’étais à l’époque, mais j’ai grandi et surtout, ma conscience féministe s’est éveillée. Il ne me viendrait plus du tout à l’esprit de prononcer ces mots. Mais pourquoi est-ce problématique ? Pour comprendre, je vais vous expliquer ce qu’est une “pick me girl” et en quoi elle a intégré des idées sexistes.

La “Pick me girl” : pourquoi est-elle si problématique ?
Sommaire : 

C’est quoi une “pick me girl” ?

“Non mais moi, je préfère jouer aux jeux-vidéo que de faire du shopping”, “ah non, je ne me maquille pas, je suis naturelle”, “moi, je ne suis pas chiante comme les autres nanas”... Autant de phrases qu’une “pick me girl” pourrait prononcer, mais qui est-elle concrètement 🤔 ?

Une “pick me girl”, c’est une fille / une femme qui recherche la validation des hommes en insinuant qu’elle n’est pas comme les autres femmes : “je suis différente, parce que j’aime ______ (remplir avec une passion associée au genre masculin comme les jeux vidéo 🎮). En fait, en disant toutes ces phrases, elle se met en avant pour être “choisi” par les hommes, d’où le terme de “pick me”, qui veut dire “choisis-moi”. Descendre les autres femmes pour avoir l’attention des regards masculins hétéronormés, c’est très loin d’être féministe…

Illutration : “Les autres filles font du shopping, moi je préfère jouer aux jeux-vidéo.”

“Les autres filles font du shopping, moi je préfère jouer aux jeux-vidéo.” - Illustration de Julie Hang.

“Je ne suis pas comme les autres filles”

Le problème, c’est qu’une “pick me girl” a intégré parfaitement les stéréotypes liés aux femmes, on est donc très loin d’une éducation non genrée… Pour elle, une femme sera forcément coquette, superficielle, fausse, etc. En bref, elle associe son genre à un cliché de Barbie sur pieds ! Sauf que ce sont des clichés véhiculés par une société patriarcale et le male gaze 👎.

On a le droit de se sentir différente en aimant des choses qui ne sont pas associées au genre féminin, sans pour autant dévaloriser les autres femmes. Malheureusement, ce concept est très valorisé, notamment par les hommes avec des phrases bateau du type : “tu n’es pas comme les autres, tu es différente”. Évidemment, ça va flatter notre ego, donc on va s’inscrire dans cette différence 😒.

La valorisation de la “pick me”

Dans la culture pop, la “pick me girl” est érigée comme un modèle positif. Prenons des exemples que des adolescentes peuvent avoir (et que j’ai moi-même eu 😅). Dans Twilight, Bella est l’exemple type de la “pick me”. Elle est différente des autres filles et en plus, elle a l’intérêt de deux garçons. Plus récemment, il y a aussi le personnage de Maeve dans la série “Sex Education”. Même si on adore la psy de cette série, on doit bien avouer que les autres personnages sont plutôt clichés…

Bella et Maeve

Bella dans "Twilight" et Maeve dans "Sex Education"

Cependant, je ne dis pas qu’une “pick me girl” est responsable de sa façon de se comporter. Nous vivons dans une société ultra-patriarcale à laquelle il est difficile d'échapper. Nous sommes en constante compétition pour satisfaire les hommes, voire pire, ceux qui se prennent pour des “mâle alpha”. Alors bien sûr que la “pick me girl” est très valorisée dans les œuvres, car cela permet d’entretenir toujours cette compétitivité et de mieux nous diviser. Aucune sororité n’est possible avec ce concept 😔.

Un concept 3 fois sexiste

La “pick me girl” est l’incarnation de la misogynie intériorisée. Eh oui, à force d’être confrontée à un monde sexiste, on finit par en intégrer tous les concepts, comme la grossophobie. Ces idées, on les intègre encore plus facilement à l’adolescence, car on essaie de se construire. Même si la “pick me” semble nager à contre-courant en aimant des choses “différentes”, elle ne fait que valider un concept trois fois sexiste. En effet :

  • 👉 Il essentialise les femmes, comme si, en naissant dans ce genre, on naissait “chiante” et superficielle.
  • 👉 Il crée et nourrit de la rivalité, voire de la haine, entre les femmes.
  • 👉 Il réduit l’existence des femmes à la validation des hommes.

Le ‘pick me boy’ existe aussi !

Ce genre d’idées est encore plus intégré par la gent masculine. Du coup, le “pick me boy” existe aussi et il est encore plus toxique que la version féminine 😩. Vous savez, c’est l’homme qui se plaint toujours que les femmes préfèrent les "bad boys". Il se vend comme un “gros nounours trop gentil” et il ne comprend pas pourquoi il est dans la “friendzone”. Sauf qu’il va constamment se rabaisser pour attirer l’attention et la sympathie des femmes afin de mieux les manipuler. Oui, on est vraiment à ça 🤏 du manipulateur narcissique

Se sentir différente, c’est être forcément toxique ?

Je ne dis pas qu’une femme qui n’aime pas se maquiller, qui a les cheveux courts et qui fait du skate est forcément une “pick me girl”. Si on a ses préférences, c’est aussi parce qu’on les aime, tout simplement 🛹 !

Le problème, c’est de mettre en avant ses goûts pour dévaloriser les autres femmes et se faire valider par un homme. Il n’y a aucune sororité dans ce comportement, c’est pour cela que je ne veux plus avoir cet état d’esprit. Ce qu’explique l’illustratrice Julie Hong, qui essaie de dénoncer cela 🔊 :

“L’une des choses les plus importantes que j’ai apprises a été de me défaire de l’idée que j’avais depuis l’enfance que je n’étais pas « comme les autres filles ». Et quelque part, ça me rendait meilleure qu’elles. J’étais fière d’être différente d’elles [...]. J’aime les jeux vidéo, mais j’ai découvert plus tard que j’aime aussi faire du shopping ! Ce n’est qu’au moment où je suis sortie du lycée et que je suis entrée à l’université que j’ai réalisé que je ne m’étais jamais laissé aimer ces choses parce que je voulais absolument ne pas être comme les autres filles.”

Être dans la sororité

Pour prendre le contre-pied de ce concept sexiste, on doit s’inscrire dans la sororité. Ce n’est pas facile de déconstruire tout ce que l’on a appris. Le plus nocif, c’est la compétitivité dans laquelle on s’inscrit depuis l’enfance. Cependant, s’opposer et déprécier les autres femmes ne fera que véhiculer de la toxicité et des émotions négatives. Eh oui, c’est la porte ouverte à la jalousie et la rancœur. 

Alors pourquoi ne pas décider de fermer cette porte pour ouvrir celle de la bienveillance et de l’empathie ? En faisant ça, on s’épanouit beaucoup plus, on ne se construit plus en rabaissant les autres. Et puis, que ça fait du bien d’apporter du soutien à des femmes, qui sont, elles aussi, victimes de l’oppression masculine. N’est-ce pas 😉 ?

Traduction de l'illustration d'Eloisemarseille :"Je la soutiens parce que les femmes sont constamment rabaissées pour les choses qu'elles aiment et on ne devrait pas se tirer vers le bas entre nous !"

Traduction de l'illustration d'Eloisemarseille :"Je la soutiens parce que les femmes sont constamment rabaissées pour les choses qu'elles aiment et on ne devrait pas se tirer vers le bas entre nous !" 

L'avis de la rédaction : et vous ?

Voilà, vous savez tout sur la "Pick me girl" grâce à Camille ! Vous vous êtes reconnue ? Vous avez reconnu une amie ? Alors dites-nous tout en commentaire, on adore vous lire. Et si vous vous sentez mal dans votre peau, différente, et que cette différence est source de souffrance, n'hésitez pas à prendre rendez-vous avec un psychologue. N'oubliez pas que tout ce qu'on ne dit pas s'imprime en nous... prenez soin de vous.

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Source : cosmopolitan US / madmoizelle.com / urbandictionary.com

Article proposé par Camille Lenglet

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