Fugue maternelle, et si vous preniez l'air quelques jours ?

C'est arrivé par hasard. Le moral n'était pas au plus haut. Beaucoup de travail en retard, de nombreuses disputes de couple et un bébé de 10 mois qui m’obsédait. J'ai ouvert mes mails et un objet a attiré mon attention : "Et si vous répondiez à l'appel de la fugue maternelle ?" J'ai alors découvert que la fugue, c'était l'idée d'Alice Cheron. Son idée, son concept m'ont très vite intéressés. Rencontre avec une femme passionnante.

Alice Cheron, la fugueuse italienne

Pour moi, ça a d'abord commencé par une histoire de charge mentale. Une impression de trop plein, la nécessité de devoir penser à tout et un quotidien harassant avec lequel je comptais prendre mes distances en m'offrant, le jour de mon anniversaire, une journée à l'hôtel. Autant vous le dire tout de suite, en tapant "hôtel pour la journée" sur Google je n'ai pas vraiment trouvé ce que je cherchais. Alors quand j'ai entendu parler du livre d'Alice Cheron, l'Appel de la fugue mon cœur a fait boom, ça m'a immédiatement parlé. Alice Cheron est la fondatrice du site Ali di Firenze. Submergée par sa carrière, ses enfants, ses changements de vie, une installation en Italie, elle décide qu'il est grand temps qu'elle se retrouve, qu'elle fasse le point et qu'elle le fasse seule. C'est à partir de là, en échangeant avec plusieurs femmes aux besoins identiques qu'elle a eu l'idée des fugues.

La fugue version italienne

Une fugue selon Alice c'est quoi ? C'est l'idée de s'octroyer un moment pour se faire du bien. Loin de notre charge mentale, de nos soucis ou plus simplement de nos impératifs. Loin de notre quotidien parfois un peu lourd. Ce sont 3 jours durant lesquels elle accompagne 10 femmes dans un coin d'Italie. Au programme : ateliers créatifs, découvertes, nourriture, sororité, bienveillance et surtout liberté. De quoi revenir pleine d'ondes positives et plus encore... Tentées ? Alice Cheron vous en dit plus.

Rencontre avec Alice Cheron

Ma charge mentale est de plus en plus lourde à porter, je sens que je pourrais craquer, est-ce que je fugue maintenant ou est-ce que je me calme un peu avant ? Est-ce qu'il y a un bon moment pour faire une fugue ?

Alice Cheron : Il n’y a pas de bons ou de mauvais moments pour faire une fugue. C’est quand on est prête. On peut faire des fugues et aller mal ou au contraire être bien. C’est selon le timing de chaque femme. Mais de toute façon, la fugue ce n’est qu’une étape d’un processus.  Il y a un avant, un pendant et un après. La réflexion avant de partir fait aussi partie du travail sur soi. La fugue c’est une étape sur le chemin, un espace pour soi, un moment pour écouter sa boussole interne. La fugue permet d'être plus au clair, mais après il faut du temps, parce que la fugue a peut-être fait émerger une réponse, mais peut-être que ça aura fait surgir d'autres questions. En fait, il faut poursuivre toute sa réflexion après la fugue. Le livre a été d'ailleurs construit de cette façon : avant, pendant, après. Parce que pour moi, pendant la fugue, on cristallise l'idée de la fugue, mais ce n'est pas vraiment ça qui compte. Ce qui est important, c'est la phase d'avant,  celle de la préparation mentale et de l'acceptation du projet et la phase d'après : qu'est-ce qu'on va faire de ce qu'on a appris sur soi ? Est-ce qu'on va apporter plus de soin à nous-même au quotidien ? Tout ça compte aussi beaucoup selon moi.

La question de la culpabilité me semble importante. La culpabilité que l'on peut ressentir en s'accordant du temps seule ou même celle de ne justement pas réussir à culpabiliser pour ça. Comment la gère-t-on ?

A. C : L'histoire de la culpabilité, c'est central dans la phase de l'avant, dans la phase de réflexion. Je crois que culpabiliser c'est normal, mais il faut quand même remettre les choses dans leur contexte : on ne part que 3 jours sur 365. 365 jours où on est quand même, nous les femmes, extrêmement responsables, responsables de ce qui se passe autour de nous, de la façon dont on gère le quotidien, les enfants, le travail... Chez les femmes, il y a quand même un sens du "bien faire" qui me semble être démultiplié par rapport à nos camarades masculins. Ce poids de la responsabilité, c'est ça aussi qui fait qu'on a de la culpabilité. Il faut donc remettre de la temporalité dans le projet. Si le projet s'appelle la fugue et pas la fuite, c'est justement parce qu'on envisage une échappé belle avec immédiatement la notion de retour. A aucun moment on ne part pour fuir son quotidien, on part pour mieux revenir. Et je crois que se dire : partir pour quelques jours avec l'ambition d'être mieux avec soi-même, mieux avec les autres, c'est quand même quelque chose qui vaut la peine d'être pris au sérieux. 

Parfois, on pense mériter une pause mais en même temps, on se dit qu'on a plutôt une vie douce, calme, qu'on est pas forcément une maman carriériste avec mille projets à réaliser. C'est difficile de s'octroyer le droit de fuguer. Comment saute-t-on le pas ?

A. C : Moi quand je me dis que j'ai envie de fuguer, prendre l'air, réfléchir, alors que dans ma vie techniquement tout va bien, je suis la première à auto dénigrer mon propre besoin de fugue, à me tourner moi-même en ridicule et ça, c'est deux choses. D'abord, c'est un manque totale de bienveillance envers sa propre personne et il y a un moment, il faut quand même arrêter avec ça ! Il faut arrêter ce dénigrement systématique dès que l'on a l'impression que c'est de l'égocentrisme mal placé alors que ça ne l'est pas. Et puis, il y a quelque chose qu'il faut dire : la fugue n'est pas un caprice. Parce que prendre du temps, peu de temps, pour s'écouter et faire le point avec soi-même et être bien dans sa vie, c'est quand même pas superficiel pour avancer dans le quotidien. Il faut réfléchir avec soi-même, à partir du moment où on accepte l'idée de la fugue pour soi, on se respecte déjà un petit peu plus.  Et puis, il n'y a pas de fugueuse type, vous et moi, nous sommes assez similaires dans notre profil de fugueuse parce que quelque soit le quotidien que l'on a, on a des enfants encore jeunes, du travail, un équilibre à trouver et parfois une impression de suffocation parce que l'enfant est extrêmement demandeur. Pour moi, il y a ce que j'appelle ma fugueuse cliché (c'est-à-dire, moi-même), et ce qui m'a le plus surpris quand j'ai commencé à en parler, avant même que ce soit un projet professionnel, c'est que la fugue parle à toutes les femmes. Avec ou sans enfants, 25 ou 65 ans, grosse carrière ou femme au foyer, il n'y a pas de règle, toutes les femmes, à un moment, ont le droit de se poser pour réfléchir à ce qui s'est passé, réfléchir à ce qu'elles veulent réajuster et être un peu plus en conscience avec les décisions qu'elles vont prendre dans le quotidien. Nous ne sommes pas obligées de partir pour faire de grands chamboulements, parfois on a juste besoin d'aller respirer un autre air que celui qu'on aime, pour mieux revenir, apprécier les petits moments de sa vie et optimiser ce qui doit être optimisé.

Comment évoquer la fugue avec notre entourage ?

A. C : J'insiste sur le fait qu'il faut commencer par se dire que quand vous, vous allez verbaliser la fugue, vous êtes prête, vous avez eu du temps pour y penser, du temps pour avancer sur ce chemin et ça y est vous êtes prête à verbaliser. La personne en face de vous, elle, elle n'a rien demandé et peut-être qu'elle ne s'y attend pas du tout. Il faut se préparer à l'idée que cette personne a le droit de réagir comme elle va réagir. Il peut y avoir des réactions plus agressives que d'autres, parce qu'il y a de l'incompréhension. Il ne faut pas hésiter à rassurer les personnes qui en ont besoin. Ce n'est pas pour elle qu'on part, c'est juste pour nous, ça n'a rien à voir avec les personnes, c'est purement une histoire entre soi et soi-même. Et puis surtout, il faut garder en tête, qu'on en parle autour de soi, mais qu'on ne demande pas une autorisation. On n'a pas besoin de cette autorisation, on a besoin de gérer une logistique, quand il s'agit de la famille, mais pas d'autorisation à demander pour aller s'occuper de son bien-être pendant 3 jours.

Certaines fugueuses ont-elles déjà reçu à une réaction négative, voire agressive ?

A. C : Il y a une fugueuse, qui n'a d'ailleurs pas fugué (pour le moment !). Elle avait un enfant de moins d'un an et demi, avec donc un quotidien très dense, et un conjoint, qui était extrêmement attentionné, qui faisait attention à son bonheur, qui faisait tout ce qu'il pouvait faire pour qu'elle aille mieux mais qui ne comprenait pas que ce qu'il lui fallait ce n'était pas de partir à 3. Elle ne parvenait pas à lui faire comprendre que ce n'était pas de ça dont elle avait besoin, mais qu'elle devait partir toute seule. Lui était désemparé, il l'a sans doute un peu culpabilisée. Mais c'est compréhensible, il devait être désemparé de ne pas avoir en main son bonheur et de ne pas être en mesure de pouvoir faire quelque chose.

Avec les fugues italiennes, la sororité semble être une notion importante. Que pouvez-vous nous en dire ?

A. C : A partir du moment où j'ai verbalisé mes propres fugues (articles fugues Venise site) il y a une espèce de sororité naturelle qui s'est créée et renforcée. C'était très fort. J'ai eu de nombreux contacts avec plein de femmes qui m'écrivaient, et m'envoyaient de véritables romans, très personnels, de choses qu'elles avaient besoin de partager. Et être capable de créer ce genre de lien là permet de se sentir moins seule. Parce qu'avec ça je me suis sentie moins seule dans ma fugue, je sentais que j'avais cette armée de guerrières féminines derrière moi, qui ne m'avait pas jugé. Dans ma vie tout va bien : mon mari est génial, mes enfants vont bien, j'ai une maison, de l'argent, tout roule. Sur le papier tout va, mais j'avais quand même fondamentalement besoin de partir et de prendre l'air. Et ces femmes là elles ont respecté ça. Ça a été une très belle découverte de voir que l'on  n'était pas obligées de se taper dessus en permanence, de se comparer. Dans les fugues italiennes c'est un élément clé. Là, les fugueuses voyagent seules, elles sont contraintes de partir seules, mais elles trouvent un groupe qui est extrêmement bienveillant, parce que l'état d'esprit est le même pour toutes. On vient toutes avec notre bagage personnel mais on a une envie de transparence, d'échanges vrais, sans jugements. Et ça crée à tous les coups des groupes de folie qui s'inscrivent dans la durée. Des groupes de soutien qui sont en dehors de tout référent du quotidien et qui sont très utiles.

En parlant de guerrière, je pense au livre de Léa Salamé, Femmes puissantes, et plus particulièrement à l'autrice Leïla Slimani qui dit dans cet ouvrage, qu'une femme puissante, pour elle, c'est une femme qui accepte de déplaire à ses proches. En étant le genre de femme qui s'accorde du temps, en acceptant justement peut-être de déplaire à  son conjoint, ses enfants, ses parents, est-ce que ça fait de vous et des fugueuses des femmes puissantes ?

A. C : Je ne sais pas si c'est l'idée de femmes puissantes, mais on vient de lancer un eshop et le premier produit c'est un t-shirt qui s'appelle "femme forte". Quand les femmes me font confiance, partent avec moi, pour moi c'est très très important de leur rendre la pareil et de leur montrer ce qu'elles sont vraiment, parce que souvent, elles ne voient pas comment elles sont vraiment. J'ai vraiment à cœur qu'elles se sentent fortes, en maîtrise, leur dire à quel point c'est déjà incroyable qu'elles fassent une fugue et qu'elles sont sur le bon chemin. Ce sont vraiment des femmes qui sont fortes, même si elles n'ont pas l'impression de l'être. Elles le sont vraiment parce qu'elles sont de plus en plus instinctives et je trouve chacune courageuse à sa manière. Après pour ce qui est de déplaire. Je crois en effet qu'il faut se détacher de l'opinion des autres. Avec les fugues j'ai créé une sorte de pellicule isolante des autres. Elle était fine au début et elle est de plus en plus épaisse. Faire des choses qui vont déranger et les commentaires des uns et des autres, je ne dis pas que je n'y pense pas, mais ce n'est plus un frein pour avancer sur mon chemin.

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Une anecdote que vous aimeriez nous raconter ?

A. C : Il y a un an, on devait partir en fugue à Venise et la veille du départ je me rends compte qu'il y a un niveau historique d'acqua alta. Il n'y a pas eu autant d'eau depuis les années 1960. Venise est impraticable. Et sans savoir pourquoi, je n'ai pas annulé la fugue, mais on a improvisé une fugue à Trévise qui est à côté, dans le Veneto. Certaines femmes ne sont pas partis, il y a quand même 7 femmes sur 10 qui ont dit "banco nous on te suit". Tout ça a bien montré l'esprit avec lequel on fait les choses, l'énergie qu'on met dans le groupe, où tout est fait pour que les femmes trouvent un cocon bienveillant de discussion, ça marche vraiment fort. Et on était dans l'essence même de ce qu'est le projet, parce que tout le froufrou, la surprise, tout ça existait sans exister, parce que j'étais beaucoup moins dans la maîtrise que d'habitude.

Comment se passent les fugues avec la Covid ?

A. C : Pour le moment nous n'avons du annuler que trois fugues cette année. Maintenant, on est dans une ultra flexibilité et on s'adapte en permanence et on ne retient bien sûr par les cautions en otage. Il y a ce que je considère être très embêtant mais faisable, c'est à dire faire un test Covid avant de partir. Si quelqu'un annule sa participation à la fugue à cause de ça, c'est peut-être qu'il y a autre chose, parce que c'est le monde dans lequel on vit maintenant et d'ailleurs toutes les fugueuses, pour le moment, s'y plie facilement. Et il y a aussi les fugueuses qui font partie du personnel médical et avec lesquelles ont se doit d'être flexibles. Petit miracle avec une fugue en septembre qui était complète, les 10 femmes sont arrivées et le programme était exactement ce qu'on voulait faire. Mais les femmes savent très peu de choses sur le programme, puisqu'on présente un programme qui donne une idée, mais qui est très très flou, leur objectif est de toute façon de se laisser porter, donc c'est à nous d'envoyer la sauce une fois sur place !

Votre e-shop vient d'être mis en ligne, vous pourriez nous en dire quelques mots ?

A. C : Pour nous le eshop est en cohérence avec tout ce que l'on fait. La mission centrale, c'est Italian joie de vivreCette façon de transmettre une certaine chose de l'Italie, qui n'est pas que du voyage mais qui est aussi un voyage imaginaire. Dans les valeurs italiennes, d'une vie au quotidien, qu'il y a des rituels, qu'on utilise la beauté, qu'il y a une certaine notion du temps. On a vraiment ça en tête dans notre e-commerce et on a évidemment cette mission qui est liée aux femmes qu'on accompagne de différentes manières et qui doit pour nous célébrer la singularité de chaque femme. C'est vraiment les deux piliers avec lesquels on a pensé le eshop. Du coup, il y a des objets qui sont des objets de collaboration, par exemple avec l'huile d'olive du Chianti que l'on va retrouver en fugue, il y a aussi des produits que l'on crée qui sont des objets manifestes parce qu'on avait envie de leur donner du poids et de la signification. Ces objets on un sens et se doivent de dire quelque chose. Le t-shirt "femme forte", c'était presque un t-shirt de remerciements qui n'est pas que pour la communauté de fugueuses, mais pour la communauté des femmes qui nous accompagne. On a aussi des produits liés au risotto master dont on parle beaucoup sur les réseaux sociaux (#risottomaster). Ce n'est pas juste parce qu'on parle du risotto sur les réseaux sociaux, c'est parce que pour nous, le moment même du risotto et la façon dont on est obligé de lâcher son téléphone, d'être concentrée, d'être en conscience devant le cuisinière, pour nous c'est déjà une sorte d'acte de slow life.


L'avis de l'experte - Une fugue sans pression

J'aimerais insister sur l'idée qu'il n'y a pas de bonnes ou de mauvaises fugue, ça ne sert à rien de rajouter de la pression sur ce thème de la fugue et ça ne sert à rien que la fugue devienne le point stressant d'une to do list. Si pour soigner sa charge mentale il faut fuguer, mais que la fugue devient une charge mentale on ne s'en sort pas. Donc à un moment, il faut voir les choses simplement, par étapes et ne pas se mettre la pression et faire les choses quand on est prête. Parfois ça prend deux semaine, et parfois ça prend deux ans et ce n'est pas très grave si on finit par le faire.

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Et maintenant, toujours tentées par une fugue italienne ? Le calendrier 2021 des fugues italiennes et déjà disponible ainsi que le livre L'Appel de la fugue aux éditions Leduc.s.

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