Le BDSM, c'est quoi ? Sexothérapeutes et soumises vous expliquent

Mis à jour le par Lauriane Amorim, rédactrice pour Wengood

Vous avez acheté des menottes pour pimenter votre vie sexuelle ? C'est chouette, mais si vous pensiez approcher, ne serait-ce qu'un peu, de la pratique du BDSM, vous êtes loin du compte ! Parce que le BDSM c'est bien plus que ça, et sûrement bien plus que vous imaginez. Une pratiquante et la sexothérapeute Nathalie Giraud Desforges vous offrent une plongée dans le monde BDSM.

Le BDSM, c'est quoi ? Sexothérapeutes et soumises vous expliquent
Sommaire : 

BDSM, jeux de pouvoir et de devoirs

C'est sans doute l'époque qui veut ça, et peut aussi un certain Christian Grey, mais il se trouve que le BDSM prend de plus en plus la lumière du devant de la scène. Peut-être que nous sommes nombreuses à être même tentées... Cependant, le BDSM ce n'est pas une simple expérience que l'on tente en passant, c'est un mode de vie, un rapport à l'autre et au sexe qui est parfois très différent de ce que l'on peut déjà connaître et pratiquer.

Que signifie BDSM ?

Avant tout, l'acronyme BDSM désigne "bondage, domination, discipline et soumission, et sado-masochisme" Le BDSM est un ensemble de jeux ou de scènes de domination et de soumission. Concernant les pratiques SM, le plaisir provient du fait d'aimer recevoir ou contrôler la douleur, en tout cas, le plaisir provient de la douleur ressentie ou donnée. Quand il s'agit du BDSM, la recherche de la douleur n'est pas au centre de toutes les pratiques BDSM ni de toutes les relations, certains n'y font même jamais appel.

🧐
Peut-on vraiment prendre du plaisir dans la douleur ?
Lorsque nous ressentons une douleur, notre cerveau nous donne une impulsion qui nous pousse à arrêter cette douleur. Alors comment la douleur peut-elle exciter sexuellement ? Tout simplement parce que lorsque nous ressentons une douleur, notre cerveau libère dans notre corps des endorphines, de la sérotonine, de la mélatonine, de l'épinéphrine et de la noradrénaline. Ces hormones agissent comme un analgésique qui nous permet de lutter ou de fuir lorsque nous sommes blessés. Lors d'un rapport de domination-soumission, si la douleur est appliquée de manière progressive, le flux d'endorphine et d'adrénaline monte, monte et monte et permet d'accepter toujours plus de douleur, au point même qu'elle se transforme en plaisir. Un peu comme les accros du sport font et refont du sport jusqu’à la douleur…

Des pratiques pour toutes les envies

Quand il s'agit de BDSM, le champ des possibles est vaste et même très vaste ! Cette sexualité fait beaucoup appel à la créativité et va beaucoup plus loin que ce à quoi on pense quand on nous dit BDSM. Certes, les fessées, fouets et autres cravaches peuvent être de mise. On pense aussi aux cordes, au latex, aux croix, aux menottes ou au donjon. Mais tout comme il existe des fantasmes insolites, le BDSM se pratique parfois de manière assez inattendue pour ceux qui ne sont pas adeptes. Je vous propose une petite liste, non exhaustive, histoire de cerner l'univers BDSM et de, peut-être, vous donner l'eau à la bouche 👄 :

  • l'humiliation : qui sert de base sur laquelle développer
  • le bondage : attacher ou se faire attacher, entraver
  • les tortures : avec coups, fessée, flagellation, stimulation électrique, asphyxie, etc.
  • l'urophilie, ou douche dorée : faire ou se faire uriner dessus et dans le même registre, la scatophilie.
  • le trampling : se faire marcher dessus
  • le pet play : être un animal de compagnie ou balader l'autre comme un animal de compagnie
  • la forniphilie : être un meuble
  • l'age play : ou jeux de régression (retomber à l'état d'enfant. Il existe souvent dans cette pratique un fétichisme des couches)
  • les jeux médicaux : fouille corporelle, lavement, sutures, agrafes, insertions de sonde, etc.
  • le déni d'orgasme : refuser d'accorder un orgasme à son partenaire

Le candaulisme peut entrer dans une pratique de BDSM. En effet, la relation extraconjugale à laquelle on assiste peut être imposée et vécue comme une humiliation ou une punition.

Ajoutons aussi que si nous traitons de la "sexualité BDSM", le BDSM peut se pratiquer de manière totalement désexualisée. En effet, la logique dominant/dominé peut émailler le quotidien et ne pas uniquement se cantonner à la sexualité d'un couple.

Jouir sans entrave, mais entravée !

Jouir sans entrave, mais entravée !

Jouir d’obéir - Témoignage d’une soumise

Je ne l’ai jamais vu. Je connais simplement son prénom. Il est beau et il est surtout secret, parce qu’elle préfère rester anonyme. La seule chose que je sais d’elle, c’est qu’elle pratique le BDSM depuis peu de temps, mais qu’elle a trouvé là une véritable voie d’épanouissement. Dans le jargon, c’est une soumise. Ça me plaît, parce que s’il y a une chose que j’ai bien comprise à propos du BDSM, c’est que celle qui a le pouvoir, c’est celle qu’on domine 😉. Entrons donc dans le vif du sujet :

"Dans ma vie, le BDSM est un vaste terrain de jeu, qui me permet de laisser sortir la gamine, le petit chat, la sale merdeuse et la salope qui sommeillent en moi. N'ayons pas peur des mots, s'il y a bien une chose qui caractérise cet univers, c'est de faire fi des conventions et de s'affranchir de la morale. Je le fais comme un doigt d'honneur à mon éducation et sous le regard tantôt amusé, tantôt sadique mais toujours bienveillant de celui que j'appelle "Maître". Je mange parfois mon repas sans couvert, bois dans une gamelle, prends des coups de cravache, ou me promène nue sous mon manteau tard le soir et tenue en laisse... le tout dans le plus grand des calmes."

Témoignage BDSM soumise

"Je mange parfois mon repas sans couvert, bois dans une gamelle, prends des coups de cravache, ou me promène nue sous mon manteau tard le soir et tenue en laisse."

Je ne suis pas folle, je suis juste soumise

"Les pratiquants du BDSM seraient-ils tous des grands tarés, ou bien des adultes noyés dans leurs traumas ? Certains probablement. La plupart, moi en tout cas, sont de grands enfants, qui veulent jouer à des jeux d'adultes, se prouver des choses, se challenger et sortir des sentiers battus pour vibrer un peu.

Mes premiers fantasmes remontent à l'enfance, malheureusement ma trouille légendaire m'a tenue à l'écart de ce monde - qui est désormais le mien - pendant trop longtemps, me privant ainsi de bon nombre d'orgasmes et de relations épanouissantes. Il a fallu creuser, dans les tréfonds d'internet, mais aussi au plus profond de moi (sans mauvais jeu de mots) pour comprendre ce qui m'animait là-dedans, et pour me défaire de ce préjugé qui me hantait : "je dois vraiment être cinglée".

Contrairement à tous les romans sur le sujet, aucun homme ne m'est tombé dessus, sorti de nulle part, offrant à la douce et naïve pucelle que j'étais une nouvelle vie de luxe et de débauche. Non, j'ai chassé le dominant toute seule, comme une grande, toute novice que j'étais (et que je suis encore d'ailleurs), parce que ça vibrait pour moi. C'est aussi seule que j'ai dû dépasser certaines interrogations philosophiques du type "peut-on être soumise et féministe à la fois ?" Et j'avoue que j'aurai mieux fait de me trouver plus tôt d'autres pratiquants à qui en parler. Ça m'aurait évité quelques nuits blanches et autres crises existentielles. Car oui, le rapport de soumission m'a appelé aussi fort que l’appel du paquet de bonbon en plein régime 👅 ! Une fois mis les pieds dedans, impossible de faire marche arrière, bien obligée de faire face à l'évidence : ça, c'est moi, j'ai besoin d'être soumise. Enfin la soumise de quelqu'un, hein, pas celle du peuple !"

>>> Voilà un article qui devrait vous intéresser : Masturbation féminine, les clés de notre plaisir

LE BDSM, plus que du c.., c'est du cérébral

Le consentement est une notion capitale dans l'univers du BDSM. L'échange et la communication sont primordiaux. Je commence même à penser qu'ils sont bien plus présents dans un rapport dominant-soumis que dans une sexualité plus classique. Ici, la porte ouverte sur les fantasmes les plus fous implique le respect, la confiance et aussi l'engagement. Avec sa, son ou ses partenaires, on discute de ce qu'on est prêt à accepter ou non, tout de suite ou plus tard, des zones corporelles que l'on peut toucher, stimuler, pénétrer ou autres et de celles qui restent interdites, etc. Le BDSM flirte avec les limites de chacun, mais le consentement à tout moment reste essentiel pour un plaisir partagé. C'est pour ça qu'il existe un safeword (ou mot de sécurité) à prononcer quand on ne se sent plus à l'aise, plus en sécurité. À défaut de safeword (imprononçable si on est bâillonné par exemple...😷), certains gestes ou postures servent de signaux d'alerte.

"Je dois dire que comme dans toute relation, l’exigence est de mise, mais peut être même plus que dans une relation classique. On a beau remplir une check-list de pratiques auxquelles on consent, voire signer un contrat pour cadrer la relation, on ne confie pas à n’importe quel nigaud le loisir de nous cravacher les fesses, de nous attacher au lit, ou de décider combien de séances de sport on va faire par semaine. ☝️

Car le BDSM, ce n’est pas forcément que du cul, et dans ma relation D/S (Dominant/soumis), c’est surtout un lien très fort, un dévouement de l’un à l’autre, réciproque bien que non égalitaire, et surtout une confiance immense qui se doit de grandir chaque jour pour s’explorer davantage."

Une rencontre... avec soi

"J’en apprends tellement sur moi au travers de ce rapport à Mon Autre, celui que j’appelle parfois Mon Roi.

J’ai par exemple compris récemment que j’étais ce qu’on appelle une Brat (une morveuse, une sale gosse en anglais), c’est-à-dire une soumise dont le plus grand plaisir est de désobéir pour chercher le rapport de force. Mais j’apprends aussi la discipline, chose qui de base se situe très loin de mon vocabulaire personnel et qui pourtant me permet d’affronter plus sereinement ma vie de trentenaire et ses responsabilités. J’apprends à m’analyser encore et encore, mes ressentis, mes émotions, et à les communiquer même quand je sais que ça ne va pas lui plaire, parce que c’est une des règles de base, commune à toute la sphère…

Finalement, ma vision du BDSM est très ludique, pas franchement protocolaire, mais cela ne m’empêche pas d’avoir un lien très profond à mon Dominant. Nous créons chaque jour une relation qui nous ressemble, que nous ne cessons d’ajuster pour qu’elle nous comble tous les deux. C’est un challenge, un réel investissement et beaucoup de dépassements de soi, mais c’est aussi beaucoup de tendresse et de complicité, un vrai pilier dans ma vie."

Témoignage BDSM

"[Je suis] une soumise dont le plus grand plaisir est de désobéir pour chercher le rapport de force."

Et si finalement le BDSM, ou à défaut, une sexualité épanouie, quelle qu'elle soit, c'était la meilleure façon d'aller à la conquête de soi-même ?

Place à l'expert : Le BDSM par Nathalie Giraud Desforges, sexothérapeute

L'avis de la rédaction : une exploration de soi

Comme l'explique Lauriane, il est avant tout question de confiance, de consentement, de communication et d'exploration de soi. À chacune sa sexualité, ses envies, ses désirs dans un profond respect de l'autre et de soi. Si votre rapport à la sexualité est compliqué, que vous n'avez pas le sentiment de vous épanouir, n'hésitez pas à contacter un psychologue afin de faire le point.

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Article proposé par Lauriane Amorim, rédactrice pour Wengood

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