Les Violences Éducatives Ordinaires, par Jean Doridot Docteur en Psychologie

Mis à jour le par Emilie Potenciano, rédactrice pour Wengood

En 2019, un texte de loi interdit « gifles, fessées et toutes formes de violences éducatives ordinaires ». Les violences physiques mais aussi psychologiques dans l’éducation de l’enfant sont donc désormais proscrites. Pourtant, de nombreux parents utilisent, sans le savoir et sans le vouloir, des VEO. Un sujet dont on commence à parler beaucoup et qui pousse à s’interroger : Comment identifier les violences éducatives ordinaires ? Quelles conséquences pour l’enfant ? Qu’en disent les neurosciences ? Et comment éviter les VEO ? Pour vous, j’ai posé mes questions à Jean Doridot, Docteur en psychologie.

Les Violences Éducatives Ordinaires, par Jean Doridot Docteur en Psychologie

Quelle est la définition des violences éducatives ordinaires ?

C’est ce que font les parents, parfois avec une intention bienveillante, c’est important de le rappeler car on n’est pas dans de la maltraitance caractérisée, quand ils veulent rendre service à leur enfant d’un point de vue éducatif, mais sans s’en rendre compte ces parents vont s’engager dans un comportement violent pour l’enfant.

Exemple : la petite tape que l’on donne sur la main est une violence éducative.

  • Violences : oui, c’est violent une tape sur la main,
  • Éducatives : parce que l’adulte s’imagine que cela a une dimension éducative.
  • Ordinaires : parce que chacun se dit “ ce n’est pas grave, c’est normal “. Dans la plupart des cas, les parents ne réalisent pas que c’est violent, que c’est un traumatisme pour l’enfant. Très souvent les parents ont eux-mêmes vécu ce genre de choses.

Il est important de préciser que l’enfant n’est pas un adulte en miniature, il ne comprend pas les choses comme peut le comprendre un adulte. Les VEO, c’est tout ce que l’adulte va s’autoriser auprès d’un enfant qu’il ne s’autoriserait jamais avec un autre adulte.

Quelles sont les VEO ?

C’est important de le rappeler car c’est encore très pratiqué :

  • tout ce qui est violence physique : on ne tape pas un enfant ;
  •  les violences psychologiques également : Parfois pour bien faire, un parent peut dire “ tu ne vas pas t’habiller comme ça, c’est ridicule ”, “ papa n’est pas content, c’est très mal ce que tu as fait ”.

Même si l’intention est bonne, cela va blesser l’enfant, cela va lui faire croire qu’il n’est pas quelqu’un de bien. Mais aussi, tout ce qui peut être humiliant : quand on secoue un enfant en disant “ ça suffit faut pas faire ça ”, mettre un enfant au coin.

Pourquoi les parents ont-ils recours aux VEO ?

Il n’y a pas de métier sur Terre plus difficile que celui de parents. Tout le monde veut bien faire, et s’il y avait une formule magique pour élever les enfants, en faire des enfants heureux et épanouis ça se saurait, c’est important de le rappeler. Il ne faut pas culpabiliser.

Mais il y a aussi une sorte de transmission un peu héréditaire. C’est un fait, pour des raisons diverses, l’éducation jadis était dure, violente. Il suffit de voir de vieux films pour s’en rendre compte. Même les instituteurs tapaient avec leur règle sur les doigts. C’était il n’y a pas si longtemps que ça. Il y avait une sorte de Darwinisme social : la sélection naturelle. Il y avait d’ailleurs beaucoup de mortalité infantile. “ce sont les plus résistants qui survivent" et beaucoup de personnes ont été élevées comme cela… avec amour.

Donc il y a le fait aujourd’hui de se dire “moi je suis passée par là, finalement cela m’a rendu service, ça m’a fait du bien, cela m’a aidé à grandir” donc je vais faire pareil. Mais aujourd’hui on a de plus en plus de recherches en psychologie, en neurosciences, on mesure ce que l’on ne mesurait pas jadis. Les savants se rendent compte que : toutes choses égales par ailleurs, un enfant qui subit des VEO sera un adulte qui ira moins bien, que le même enfant qui n’aurait pas subi ces violences.

Quelles sont les conséquences des VEO ? Pendant l’enfance, à l’adolescence, et à l’âge adulte ?

Si l’on reste dans le cas d’une famille qui ne dysfonctionne pas (hors cas de maltraitance, les enfants ne sont pas placés), et dans laquelle on envisage la violence physique avec cette idée que : “une fessée n’a jamais tué personne “. Dans l’idée, le parent corrige son enfant quand il sort du cadre, quand il ne respecte pas la règle, parce qu’il pense que plus tard ça fera quelqu’un de bien, qui respectera les règles. Eh bien c’est tout le contraire ! 

📌
Les études révèlent que les enfants corrigés physiquement à coups de fessées ont statistiquement davantage de risques de devenir plus tard des personnes qui enfreignent les règles ou qui se marginalisent.

Encore une fois n’allez pas culpabiliser, ça peut arriver de tomber dans de la VEO parfois. En revanche, quand ces VEO sont répétées alors cela fait des adultes qui seront davantage sujets à de la dépression, aux troubles anxieux, parfois à la toxicomanie, aux addictions… Encore une fois, si on imagine que toutes choses sont égales par ailleurs et bien ces VEO retirent les fameuses cartes, ces atouts, que l’on a en mains à la naissance.

Qu’en disent les neurosciences ?

Aujourd’hui c’est sensationnel : on voit dans le cerveau ! Les savants ont compris que le cerveau du nouveau-né et de l’enfant n’est pas un cerveau d’adulte en miniature. Il n’est pas terminé ! C’est difficile à imaginer, mais si on prend le sujet des émotions, eh bien les adultes que nous sommes, nous ne serions plus capables de vivre ces mêmes émotions que nous avons traversé étant bébé. On deviendrait fous.

Pour schématiser le sujet des émotions : tout est x 100 000.

Nous, adultes, allons avoir une petite angoisse. Le bébé lui, pense qu’il va mourir. Je ne sais même pas si on peut imaginer cela, tellement que ça nous dépasse. Les savants ont compris cela, le cerveau d’un bébé est en permanence dans une explosion émotionnelle souvent très douloureuse. Le souci c’est que quand on regarde cela avec notre paire de lunettes d’adulte, on entend parfois des personnes intelligentes qui vont dire : “il fait encore une colère, il me fait payer ceci ou cela”. Mais ce n’est pas vrai ! Il est juste traversé par une émotion très forte.

Il n’y a qu’à voir si on prend l’exemple de la “faim”. Nous, adultes, si nous avons faim, nous ne sommes pas à une minute près. Pour l’enfant c’est une angoisse de mort. C’est cela qu’ont compris les neurosciences, le cerveau de l’enfant n’est pas terminé, il n’est pas mûr et, ils ont compris un autre point majeur : si le stress est trop fréquent et trop fort, le cerveau ne se développe pas, il reste bloqué et c’est irréversible. 👉 Les traumatismes d’enfance peuvent-ils déclencher des maladies d’adulte ?

Comment éviter les VEO ? Les alternatives en matière d’éducation ?

Déjà il ne faut pas taper ! Si on prend par exemple : le cas d’une colère.

Un enfant qui fait une colère est, en réalité, très mal. Il a besoin d’une présence aimante et bienveillante. Il a besoin que ça passe. Mais il faut accepter qu’il y ait une durée incompressible pour cette colère. Rien ne pourra la stopper. L’enfant subit sa colère, elle le traverse. Cela fait partie de son développement, c’est nécessaire.

En tant qu’adulte, il nous faut travailler la patience, être aimant et bienveillant. On peut prendre l’enfant dans ses bras, attendre que ça passe, le caresser calmement, lui dire des mots gentils (l’enfant est sensible aux variations des sons). Tout cela lui fait 1000 fois plus de bien que de crier ou de dire “ papa/ maman n’est pas content.e ”. Parce que ça justement, c’est de la VEO car lui ( l’enfant ) ne peut pas contrôler son état de colère.

Ce n’est pas du laxisme ! Et non, on en fait ni des enfants tyrans ni des enfants rois, si l’on passe par une éducation non violente, vous confirmez ?

S’il y avait une méthode d’éducation parfaite cela se saurait, mais une chose est sûre : un enfant a besoin d’un cadre, il a besoin de règles. L’enfant ne peut pas être tyran, il n’est pas équipé pour. Physiquement : il n’a pas de force, psychologiquement : il n’est pas terminé. Dans le cadre de VEO il y a de l’abus de faiblesse. Certaines personnes s'autorisent ce qu’elles ne permettraient pas d’un autre adulte envers elles.

👉 Prenons l’exemple du prêt de jouets. C’est important de prêter ses jouets. Mais imaginez-vous que l’on vous demande de prêter votre voiture parce que c’est “ normal ”… Il faut vraiment penser que l’enfant n’est pas un adulte en miniature. Il faut refuser de lui imposer ce que nous, on se refuserait de faire. Il faut lui laisser sa place d’enfant qui a besoin d’amour, de bienveillance, de protection, parfois d’explication quand elle est accessible, à un niveau de compréhension selon son âge. L’enfant a besoin de comprendre.

Quand vous pratiquez l’éducation positive ( non violente ) c’est là que l’on évite le risque de l’enfant “tyran” parce que justement, on remet l’enfant à sa place d’enfant qui a des règles à respecter, à intégrer. Et que ces règles sont transmises avec amour, bienveillance et sans violence.  👉 Comment être un parent positif ? Grâce à Isabelle Filliozat et la parentalité positive.

Rappelons-le, pas de violence, pas d’humiliation : ce n’est ni bon, ni efficace ! Imaginez le cas d’une petite fille à qui l’on a dit “je te tape c’est pour ton bien”. La petite fille grandit avec cette équivalence en tête “quand on m’aime, on me tape”. Elle pourra “facilement” être victime de violence conjugale sans parvenir à quitter son conjoint. Alors qu’à l’inverse si on grandit en intégrant la notion de “quand on aime, on ne tape pas”, eh bien on peut espérer que, si malheureusement un jour quelqu’un à l’audace de lever la main sur elle, elle partira aussitôt. On ne tape pas en règle générale et c’est encore plus vrai quand il s’agit de quelqu’un que l’on aime.

Il ne faut pas oublier qu’une tape sur la main, même si l’intensité est plus faible, c’est le même schéma que de dire “ je ne suis pas content je te tape”, “ tu n’as pas fait ce que je t’ai dit de faire, je te tape ”, “ tu n’acceptes pas ma demande, je te tape ”. Ensuite les différents paramètres de vie vont faire que ce sera plus ou moins ample, mais le schéma reste le même. En suivant ce raisonnement tout le monde finirait par se taper. Avec l’éducation non violente on n’apprend pas à obtenir les choses en usant de la force.

Et si l’autre parent n’est pas dans la même démarche d'éducation non-violente, comment préserver son enfant ?

C’est un gros sujet de dispute parfois entre parents. Dans un monde idéal, on pourrait dire qu’il faut en parler avant, mais c’est un fait, on ne peut jamais prédire le papa ou la maman que deviendra la personne aimée quand on a un premier enfant. Ce qui marche toujours c’est le dialogue. S’il y a un désaccord il est important que les parents puissent en parler pour réussir à trouver un consensus sur l’essentiel. C’est l’occasion d’en parler, de resserrer peut-être encore davantage les liens entre parents. On y arrive toujours du moment qu’il y a de la bonne volonté de part et d’autre.

Pour les parents qui ont reçu une éducation violente, comment ne pas reproduire le même schéma ? Est-ce possible ?

Évidemment oui ! Il est temps d’en finir avec cette idée que la maltraitance traversée dans l’enfance produit de la maltraitance plus tard, ce n’est pas vrai. Et heureusement ! Cela passe d’abord par une prise de conscience de comprendre que ça ne fonctionne pas ainsi. On peut répéter l’exercice de savoir si l’on ferait cela à un adulte : on n’envoie pas au coin son collègue, on ne tape pas la main de son voisin… Dès lors que la personne est lucide et pleine de bonne volonté, sûrement que cela lui échappera un jour, pour autant même son intention sera différente. Et les enfants ressentent beaucoup plus qu’ils ne comprennent. Mécaniquement cela changera même le climat et ce sera très bénéfique. Il n’y a pas de fatalité.

On a tous traversé un peu des VEO, et on traverse même des violences ordinaires tous les jours dans une vie : des petites humiliations, des frustrations… C’est assez désagréable en étant adulte alors tâchons de protéger les enfants de cela, au moins à la maison, à l’école… Il y a du boulot certes et en même temps c’est évidemment possible !

L'avis de la rédaction : des violences à ne pas sous-estimer

Les violences éducatives ordinaires ne sont pas à prendre à la légère, nous espérons que les conseils de Jean Doridot vous permettront de vivre plus sereinement votre parentalité. Et comme le rappelle Jean, surtout, pas de culpabilisation, si la méthode d'éducation parfaite existait, ça se saurait... Si vous rencontrez des difficultés avec votre ou vos enfant(s), que vous vous interrogez sur votre rôle de mère, sur votre transmission et d'autres choses encore qui sont sources de stress et de souffrance, n'hésitez pas à prendre rendez-vous avec un psychologue afin d'en parler. Ce dont vos enfants ont besoin, c'est d'une mère sereine. 

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Article proposé par Emilie Potenciano, rédactrice pour Wengood

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