La détresse des étudiants face à la Pandémie, par le Docteur en psychologie Jean Doridot

Emmanuel Macron l'avait assumé: "c'est dur d'avoir 20 ans en 2020 ". En 2021, c'est toujours aussi difficile pour les jeunes durement touchés par la crise sanitaire. L’impact sur la santé mentale est fort. Comment détecter les premiers signaux d’alerte? Quels sont les bons réflexes pour prévenir la dépression? Comment garder espoir? Réponses de notre expert Jean Doridot.

Depuis 1 an, les étudiants composent entre :

  • cours à distance, charge de travail : difficultés d’apprentissage (baisse de la motivation, décrochage, baisse d’estime de soi)
  • logement exigu et isolement
  • perte du job d’étudiant et donc de ressources financières, situation de précarité

🤯 L’impact sur la santé mentale est fort. 30 % des étudiants ont même eu des pensées suicidaires ou ont songé à se mutiler, selon une étude réalisée en novembre par Ipsos et la Fondation FondaMental.

Quels sont les premiers signaux d’alerte ?

Il y a différentes possibilités, différents contextes :

  • les signaux d’alerte que l’on va pouvoir auto-évaluer
  • les signaux d’alerte de l’entourage

L’entourage

C’est d’ailleurs bien souvent l’entourage qui réalise en premier que la personne ne va pas bien. L’entourage doit être vigilant et présent car les étudiants sont pour la plupart du temps isolés, dans des petites chambres avec des cours à distance, il faut donc apporter une attention particulière, prendre des nouvelles tous les jours.

🕵️ Sans s’improviser psychologue car c’est un métier, il faut rester attentif, poser des questions sur son état, ses repas, demander ce qui lui ferait plaisir. Car en plus de la détresse psychique, il y a en effet la détresse matérielle. Et si l’on sent que l’étudiant perd son “appétit de vie” au sens large du terme, il est très important de l’inviter à consulter un médecin ou un psychologue car il ne faut pas laisser le malaise s’installer.

L’auto-évaluation

Étonnement, cet exercice est difficile car quand on sombre on ne se voit pas sombrer. C’est un risque. Pour les étudiants qui nous écoutent, il faut reprendre les mêmes critères et rester vigilant :

  • votre sommeil
  • perte d’intérêt pour les études et pour le sens de la vie en général
  • ne pas arrêter de prendre soin de vous
  • ne pas rester en pyjama toute la journée

Si l’on sent que l’on est pas bien, il faut oser demander de l’aide car nous en avons tous besoin à un moment donné. Il n’y a qu’à voir les champions qui possèdent tous des préparateurs physique ou mentale. Plus ils sont champions, plus ils ont recours à des aides de professionnels !

Il est important de demander de l’aide que ce soit à un psychologue ou dans les permanences des universités. Il faut faire la démarche, ne pas laisser le mal s’installer, ne pas se laisser sombrer. La santé mentale possède un point commun avec la santé physique : plus on prend la problématique en amont, moins il y a de risques qu’elle ne s’envenime.

Y a t il une population étudiante davantage touchée qu’une autre ?

Dans toutes  les études qui ont été faites, il y a le critère de l’âge qui entre en compte. Effectivement quand on est jeune, on est fragile, et donc sensible à cette période de pandémie qui impose une distanciation. Nous sommes des animaux sociaux, et pour la jeunesse ce besoin de voir du monde est d’autant plus important. Les jeunes 18-25 ans sont particulièrement touchés et d’après les études, les 22- 24 ans le sont encore davantage du fait qu’ils soient encore davantage isolés.

Pour autant, au-delà des chiffres les personnes les plus à risque seront les personnes isolées car l’isolement, psychologiquement, n’est pas bon, ainsi que les jeunes en situation précaire. Quand ces deux facteurs sont combinés, il y a un vrai risque.

Faut-il parler d’épisode dépressif majeur ou de syndrome dépressif ?

Cela dépend des cas et des situations. Il faut distinguer l’aspect structurel de la dépression et l’aspect conjoncturel.

  • Structurel : il y a des personnes qui ont plus tendance à la déprime que d’autres, parfois avec un terrain héréditaire. Généralement ces personnes le savent et sont déjà pris en charge.
  • Conjoncturel : les personnes qui ne sont pas de nature dépressive, mais qui par la situation actuelle difficile vont avoir tendance à sombrer.

Même si c’est un problème conjoncturel, il est important de faire quelque chose car il ne faut surtout pas laisser la dépression s’installer. Plus la dépression s’installe dans la durée, plus il est difficile d’en sortir. Il faut la traiter de bonne heure pour éviter également le risque de rechute. Tout le monde peut à un moment de sa vie être dépressif. ça n’est pas une maladie grave en soi, mais il faut la traiter le plus tôt possible, généralement avec un traitement combiné à une psychothérapie pour une efficacité optimale.

Peut-on craindre des conséquences à long-terme chez ces jeunes ?

On espère bien sûr que non, mais si l’on prend l’exemple d’épisodes similaires dans le passé, une partie de la population plus fragile qu’une autre peut développer des troubles qui s’apparentent à des troubles de stress post-traumatique. C’est embêtant mais cela se traite et il est surtout possible d’en guérir.

Comment identifier les personnes pour lesquelles cet impact va amener à une transition vers un trouble psychique grave et potentiellement chronique ?

Il n’y a pas de critère prédictif. C’est l’examen du médecin et/ ou du psychologue qui pourra confirmer ou non un trouble psychique. Comment, à défaut de prévenir cette transition, pouvons-nous intervenir sans trop tarder pour éviter une aggravation ? Il faut consulter un spécialiste. 

Mais en amont, en prévention, il y a toute la dimension hygiène de vie psychique qu’il est important de mettre en place :

  • veiller à avoir un bon sommeil
  • veiller à faire du sport
  • voir du monde dans le respect des gestes barrières

C’est la connexion aux autres qui amorcent le processus de résilience, qui aide justement à faire face à ce stress terrible de l’isolement. Ce n’est pas une fatalité de basculer dans la dépression ou dans les troubles anxieux généralisés. Grâce à cette petite hygiène de vie psychique, il est possible de passer au travers.

Comment mettre en place les moyens d'une action soutenue sur le long terme et non pas uniquement dans une gestion de crise ?

il faut veiller à cette bonne hygiène de vie psychique: sport, sommeil, méditation, rester connecté aux gens que l’on aime. il faut se méfier des faux amis : les écrans, les réseaux sociaux, les drogues ou produits toxiques…

Quels conseils pouvez-vous donner aux étudiants en détresse qui nous regardent ou nous écoutent ? Comment garder foi en l'avenir quand on est jeune en 2021 ?

Pour s’éloigner un peu de la psychologie, des économistes assez nombreux prévoient des années exceptionnelles qui nous attendent sur le plan économique. En effet, dans l’histoire les graves crises sont généralement suivies par un âge d’or pour tout reconstruire. La vaccination est également porteuse d’espoir et si l’on regarde quelques pays voisins certains commencent à entamer un timide retour à la normale avec la réouverture des bars et théâtres.

Il n’est pas toujours facile de mobiliser l’optimisme et l’espoir mais pour ceux qui y parviennent c’est quand même utile.

Nous prenons soin de vous !

« C’est dur d’avoir 20 ans en 2020 » disait Emmanuel Macron il y a quelques mois. Aujourd'hui, ce n’est plus simplement dur, c’est une véritable détresse psychologique qui s’est installée. Entre isolement, peur de l'avenir et manque de contacts sociaux, le mal-être des étudiants atteint des sommets. C’est pour cette raison que nous avons décidé d’agir et d'offrir une consultation avec un psychologue à tous les étudiants qui en ressentent le besoin.

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Article proposé par
Emilie Potenciano, rédactrice pour Wengood

Mon rêve de bonheur : toujours croire que tout est possible.

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