Covid & santé mentale, quel impact ? Delphine Py, psychologue, répond à toutes nos questions

Est-ce que c’est normal d’aller mal ? Est-ce que c’est normal d’être anxieux ? Est-ce qu’il y a des gens qui vont bien ? Est-ce qu’il y a foule chez les psys ? Delphine Py, psychologue spécialiste des TCC, thérapies comportementales et cognitives fait le point sur la crise et répond à toutes nos questions. Un échange qui fait du bien.

Est-ce que c'est normal d'aller mal en ce moment ?

Il y a des gens qui vont bien, oui, mais ces derniers jours nous avons parlé de lassitude face à la pandémie. La fatigue pandémique, c’est exactement ce qui est en train de se passer. Il y a une réponse naturelle et attendue face à cette crise sanitaire. C’est tout à fait normal de se sentir déprimé, d’avoir de l’anxiété face à la maladie, face à l’avenir aussi. Nous sommes dans l’incertitude. Nous avons perdu beaucoup de repères sociaux avec la restriction des libertés et tous les gestes barrières.

➡ 😷 Alors oui, c’est tout à fait normal d’être un peu déprimé. 

Certaines enquêtes montrent que la dépression a beaucoup augmenté tout comme l’anxiété ces derniers mois. Cela peut se traduire de différentes façons selon les âges : insomnies, difficulté à se concentrer, manque d’entrain et de motivation etc…

Les jeunes sont d’autant plus touchés, ils ont beaucoup de cours à distance, une fois que les cours sont terminés ils ne peuvent pas sortir, faire du sport avec le couvre feu. Finalement tout ce qui permettait de relâcher la pression, de décompresser, sortir, voir des amis, faire du sport, tout ça ce n’est plus possible avec cette vie qui est très routinière. Tout cela plombe le moral des jeunes.

Les actifs en télétravail sont également touchés, cela fait maintenant 1 an que certaines personnes travaillent à domicile. On manque de contact avec les collègues, tout ce qui est discussion informelle, qui était très important dans la vie de l’entreprise existe moins et cela peut être dur à vivre.

💡 Pour les personnes retraitées aussi c’est une période difficile, elles ont moins de contacts sociaux. Surtout quand on sait que le  soutien social et le contact social sont très protecteurs pour tout ce qui est trouble de l'humeur et notamment dépression.

Des conseils pour tenir le cap ?

Tout d’abord, je vous conseille de changer un petit peu de routine pour casser ce côté très redondant de nos journées, augmenter l’activité physique, faire du sport a vraiment un côté régulateur sur les émotions. Même si c’est difficile, même si c’est virtuel, il faut essayer d’avoir plus de contacts sociaux.

Et bien sûr, ne pas hésiter à consulter un professionnel de santé si on sent que la situation devient trop difficile.

Il y a des petites techniques que j’aime beaucoup comme la cohérence cardiaque. C’est vraiment une méthode agréable et très facile à maîtriser. Il suffit de le faire 5 minutes, 3 fois par jour pour un apaisement émotionnel de 2 à 3 heures après l'avoir pratiqué. On pourrait croire que le cœur a un battement très régulier alors que pas du tout, notamment quand on est stressé, c’est assez chaotique.

Le fait de pratiquer cet exercice de contrôle respiratoire permet d’équilibrer le système nerveux sympathique et parasympathique et ça agit donc sur le cœur en harmonisant l'intervalle entre 2 battements. Très facile à pratiquer, on inspire en comptant 5 et on expire en comptant 5. En ayant cette respiration hyper régulière, on va rentrer dans ce qu’on appelle la cohérence cardiaque.

En tant que psychologue, ressentez-vous l'impact de la crise ? Les appels sont-ils plus nombreux ?

Il y a vraiment une demande supplémentaire, on se rend compte qu’il y a de plus en plus d’appels, on ne peut pas forcément répondre à toutes les demandes. Que ce soit dans les  CMP (centre médicaux psychologiques) et chez les psychologues en libéral ou les psychiatres, les délais s 'allongent. Les gens ont besoin de ce soutien, plus que d'habitude.

Il y a des personnes qui n’étaient pas dans la pathologie, qui ne répondaient pas aux critères diagnostiques qui aujourd’hui sont passés dans la pathologie. Donc cela fait plus de personnes qui ont besoin d’aide. On voit que les prises en charge patinent, notamment les prises en charge de TOC ont plus de mal à avancer qu’avant la crise sanitaire.

Avez-vous fait l'expérience de la téléconsultation ? Quel est votre ressenti ?

J’avais déjà fait un peu de téléconsultation avant, mais beaucoup moins, le premier confinement a permis une belle avancée de ce mode de consultation. Aujourd’hui j’ai 50% de mes consultations en ligne. Pour que cela soit pertinent, il est important de pouvoir s’isoler, avec les enfants derrière c’est un peu plus compliqué ! Et d’avoir une bonne connexion sans quoi c’est difficile d’avoir une consultation de qualité. 

Les patients apprécient la téléconsultation parce qu’il y a un gain de temps, moins d’attente, tout du moins l’attente n’est pas vécue de manière désagréable puisqu’ils sont chez eux.

🧠 C’est tout aussi efficace qu’une consultation en face à face, pas mal d’études le démontrent d’ailleurs. Le patient a également davantage de choix dans le psy qui va l’accompagner, il n’est plus limité par le prisme géographique. Je fais des thérapies cognitives et comportementales (TCC), qui sont très adaptées à la visio.

Il y a également moins de freins à la consultation, on a moins peur de croiser quelqu’un dans la salle d’attente et moins peur du jugement. Il y a un effet désinhibiteur, on ose davantage parler de choses quand en face à face on aurait eu plus de difficultés. Cela convient très bien aux phobiques sociaux, aux agoraphobes, aux personnes qui sont dans la dépendance.

Je deviens hypocondriaque, comment sortir de cette spirale infernale ?

Il faut comprendre que c'est une forme de reprise de contrôle, on le fait pour avoir l’impression de contrôler. Ça apaise le doute, l'incertitude. C’est soulageant sur l’instant mais par contre ça nous fait rentrer dans un système qui renforce l’hypervigilance, le contrôle et l’anxiété à plus ou moins moyen terme. C’est important de noter qu’on est tombé là-dedans.

On peut agir sur 3 axes :

  • ➡ Pensées : identifier les pensées qui sont là et ensuite les rationaliser ou du tout moins prendre de la distance par rapport à ces pensées.
  • ➡ Gestion de l’émotion : comment faire quand j’ai envie de me laver les mains, quand j’ai peur d’être contaminée.
  • ➡ Comportements : on va progressivement diminuer les comportements de lavage par exemple. Quelqu’un qui va se laver les mains pendant 5 minutes d’une certaine manière, on peut lui proposer un exercice si elle passe 4 fois sur chaque doigt, on va lui proposer de ne passer que 3 fois. Cela va déclencher de l'anxiété mais une anxiété gérable, la personne va se rendre compte qu’il ne se passe rien de grave derrière et pouvoir petit à petit casser le rituel. C’est un travail très progressif.

Delphine Py - PSYNERGY
Psychologue Psychothérapeute TCC
Portable: 06 88 63 63 67

21 rue Blatin, 63000 Clermont-Ferrand



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